Activités de Plein AIR (Raid, VTT, Ski de fond, CO, cross, trail)

Expédition Norvège 2026 - Section raid

Par VINCENT FAILLARD, publié le samedi 11 avril 2026 08:26 - Mis à jour le dimanche 12 avril 2026 08:15
Une semaine d'aventure pour les 21 élèves de la section Raid avec la traversée en ski du massif de Rondane en Norvège

JOUR 1️⃣ - De la gare au refuge de Hageseter – 1h30 ⛷️

La nuit est déjà tombée lorsque nous arrivons à la gare de Hjerkinn (89 habitants) plantée au milieu de l’immensité du parc national de Rondane. Après une journée interminable de trajets en minibus, avion et train, nous utilisons notre dernier moyen de locomotion : nos skis de randonnées nordiques. L’aventure commence immédiatement une fois sur le quai.

Devant nous : seulement 5 kilomètres à parcourir en ski de randonnée. Une formalité, une broutille en temps normal… mais la réalité est toute autre.

À peine partis, premier coup du sort. Thomas a perdu ses peaux de phoque. Demi-tour, on fouille la trace, on scrute la neige dans l’obscurité. Mais la nuit est trop dense, la visibilité trop faible. On reviendra demain.

Très vite, on reprend notre avancée. La neige est croûtée et traîtresse. À chaque écart de la trace, on s’enfonce brutalement. Les descentes glacées sont rapides, parfois incontrôlables. Nos sacs tirent sur les épaules, les pulkas lourdes zigzaguent derrière nous comme des bêtes indomptables.

Ici, un seul objectif : rester debout et avancer sans se blesser. Peu importe le temps que l’on mettra, il faut arriver sans bobos.

Après 1h30 de jeux d’équilibre, enfin la lumière du gîte apparaît de l’autre côté de la rivière gelée. Ann Mari, notre hôte pour 2 nuits, nous accueille avec une soupe chaude aux champignons, il est déjà 22h15. Quelques cuillères et on se répartit dans les fameuses cabins norvégiennes impatients d’être demain : on est en Norvège, pour de vrai !

Jour 2️⃣ - Boucle autour de Hjerkinn – 6h30 ⛷️

Le matin dévoile un tableau blanc, vaste, silencieux autour de nous.

L’objectif de la journée est de prendre nos repères, tester la neige, récupérer la fameuse « clé DNT » des refuges suivants et si possible apercevoir les bœufs musqués qui peuplent ce territoire.

Les groupes sont en place, chacun a sa couleur de sac à dos pour se reconnaitre et se compter régulièrement. Le protocole de sécurité a été travaillé lors de la préparation et nous rassure quant à notre capacité de réaction face aux évènements.

Romane a mal à la gorge. D’ordinaire si enthousiaste, elle doute sur ses capacités pour les jours suivants. Mais la force du groupe va vite diluer ses inquiétudes et sa volonté va triompher du microbe.

C’est parti pour cette journée d’exploration en boucle, nous glissons entre les bouleaux, traversons un lac gelé immense, c’est déjà presque irréel. Le froid n’est pas très vif, le décor est déjà hypnotique.

Et hop, la clé est dans la poche, un souci de moins.
Notre deuxième objectif est d’apercevoir les bœufs musqués qui font la réputation de cette partie du parc national. Après une longue montée jusqu’à un col au nord, jumelles en main, nous scrutons les crêtes, les vallons… Rien. Pas une ombre. On se contentera donc de la tête de bœuf empaillé qui trône dans le gîte.

La petite journée de ski se transforme en 6h30 de vadrouille tout de même, le temps semble déjà s’être arrêté. Les heures défilent autrement ici.

Et c’est le soir que la magie opère. Les premières aurores boréales apparaissent, ondulant au-dessus de nous. On en profite sans savoir que ce seront les seules du voyage. Les inquiétudes des jours à venir s’effacent pour contempler le ciel féérique.

 

 

Jour 3️⃣ - De Hageseter à Grimsdalshytta – 7h10 ⛷️

Les choses sérieuses commencent avec une longue journée d’itinérance direction le sud du parc national.
 

La neige est rare au départ, presque absente par endroits. On skie alors directement sur le lichen qui recouvre le sol. La glisse est médiocre, hésitante, mais nos semelles ne souffrent pas sur ces petits végétaux.
 

En revanche, pour nos tracteurs des quatre pulkas, la réalité est tout autre. Elles accrochent, freinent, deviennent plus lourdes à chaque mètre.
 

L’orientation sur ce terrain est aussi capitale. Il n’y a pas de chemin, pas de balisage. On utilise une carte et une boussole. Et si le besoin s’en fait sentir, on peut regarder la trace GPS… mais ça, c’est tricher.
 

Après plus de deux heures d’ascension, le paysage change. L’hiver s’impose enfin.
Mais rien n’est simple. La neige colle d’un coup à nos skis et freine chaque pas, on ne peut plus avancer. On s’arrête, on gratte les semelles et on sort notre produit magique, ça fonctionne. On glisse de nouveau.
 

Enfin est venu le moment de la descente finale. Tout devient chaotique. L’avancement est une lutte entre le manque de neige, les arbres et la pente bien raide. Il nous faut bien plus d’une heure pour parcourir une distance dérisoire.

Quand le refuge apparaît, c’est le soulagement. Posé là, avec son toit couvert d’herbe, des bois d’élan trainent sur une table, nous sommes bien dans le conte viking imaginé.
 

La journée n’est pas pour autant terminée. Les trolls de la section ont encore du travail. Il faut allumer le feu pour réchauffer la petite habitation (même si la co-habitation à 25 dans un espace si réduit réchauffe vite les corps) et surtout descendre chercher de l’eau dans la rivière glacée, 500 mètres plus bas. C’est Yan le courageux avec son sceau en inox qui s’attelle à la tache périlleuse de prélever le précieux liquide.
 

Nos repas à base de plats lyophilisés sont une première expérience pour beaucoup d’entre nous. Pas d’entrée, pas de dessert mais peu importe, les standards sont oubliés allégrement dans ce décor.
 

La nuit se passe avec toute la troupe entassée sur 2 grands lits superposés. Demain c’est le jour le plus long.

  

 

Jour 4️⃣ -  De Grimsdalshytta à Øvre Dørålseter – 9h30 ⛷️

5h, le réveil sonne. Personne ne râle, la détermination est présente chez chacun. On a prévu 2h pour nous préparer mais à 6h45, on est déjà en chemin.
 

Un dilemme s’est posé la vielle quant au choix d’itinéraire : le tracé initial qui semble long et périlleux ou le tour de la montagne par la piste sans neige en portant toutes nos affaires. La décision est prise. Ce sera l’itinéraire montagne, on mettra peut-être longtemps mais on avancera avec régularité et prudence.
 

Le ton est donc donné d’entrée avec 500 m de D+ à gravir et un couloir étroit et très raide. Chaque pas est un effort. On s’entraide, on pousse, on tire, on s’encourage dans le silence de la brise froide du matin.
 

Enfin arrivés sur le plateau, le contraste est saisissant. Le vent nous pousse dans le dos, nous glissons presque en apesanteur. Lauryne s’envole et Coraline se refait une santé.
 

Les conditions de neige changent sans arrêt. Chaque mètre est une nouvelle équation à résoudre. Les corps sont mis à rude épreuve. Le matériel aussi : nous cassons les attaches des pulkas, certaines carres de ski s’arrachent, et les chaussures se décollent.
 

Vient la descente à mi-journée. Technique, étroite, au milieu des bouleaux. Impossible de déchausser, on s’enfonce jusqu’à la taille. Il faut zigzaguer, improviser, rester concentré à chaque instant. Personne ne peut certainement se targuer de ne pas avoir gouté la neige au moins une fois.
Un à un, nous atteignons la rivière. Il faut maintenant contourner la montagne imposante pour remonter une autre vallée.
 

La neige se fait plus rare ensuite. On avance lentement entre chaque névé de neige avec sous nos skis le lichen, les arbustes voir même des cailloux. On ne prend plus la peine de déchausser.
 

Chaque pas nous rapproche du refuge. La dernière ligne droite est interminable, on voit enfin au loin apparaître le petit hameau. Les sourires reviennent et l’enthousiasme d’arriver nous permet de finir comme des fusées.
 

Après 9h30 d’effort, on boucle cette étape. Il y a déjà du monde dans la cabane. On échange in english des infos précieuses sur la suite de notre parcours.

 

Jour 5️⃣ - De Øvre Dørålseter à Rondvassbu – 7h30 ⛷️

Ce matin, le froid est saisissant. -8°C au départ de l’hébergement, et surtout, un vent de face qui nous transperce, on estime le ressenti à -17°C.

Très vite, on sort les masques de ski et on ajoute une couche de vêtement. Plus aucun centimètre carré de peau ne doit être exposé. Le froid ne laisse aucune place à l’erreur.

En quelques minutes, les visages disparaissent. Les élèves de la section ne se sont jamais tous autant ressemblés, on cherche les détails pour savoir qui est qui.
La montée est rude, le vent mord le visage, fouette, ralentit. Les rafales font monter la neige légère en tornade. Le groupe est en rangs resserrés, on avance en un bloc compact, soudé. Les plus costauds se mettent côté vent pour mieux protéger le groupe.

Enfin, on trouve un peu d’abri entre les montagnes. On peut de nouveau communiquer avec l’accalmie.
Puis soudain… tout s’ouvre. Le soleil apparait, le vent disparait et comme par enchantement le lac gelé que nous rêvions depuis le début du projet, niché entre deux montagnes s’ouvre à nous. Des cascades de glace encadrent le paysage. Le silence est absolu. Les yeux brillent derrière les masques de chacun.

C’est le moment de prendre notre temps, on avance doucement, on contemple. Les filles récupèrent la tâche du tractage de pulkas.

Arrivés au refuge, personne ne veut s’arrêter. Alors nous repartons pour une boucle sans les sacs à dos, juste pour prolonger cet instant.

Le soir, c’est le luxe : espace, chaleur, repas copieux, on peut même faire sécher toutes nos affaires.

 

 

Jour 6️⃣ - De Rondvassbu à Mysusæter – 5h10 ⛷️

Une journée plus douce ce mardi.

Seulement 10 kilomètres à parcourir en pente douce au plus court. Évidemment nous décidons d’allonger pour mieux visiter avec une vingtaine de km sans difficulté.

La neige est très présente au sud massif, le blanc est partout, uniforme et sans végétation. C’est une journée pour respirer, pour récupérer, pour profiter. Pas de pression, on sait que l’on va y arriver.

Les corps commencent en effet à être meurtri par l’effort, surtout les pieds. Eva a des grosses ampoules aux talons. Pour limiter les frottements, on échange les chaussures.
Arrivés au gîte à 16h, quartier libre est donné à chacun : certains vont courir, pour d’autres c’est luge et bonhomme de neige.

Demain, il faudra de nouveau être déterminés et rigoureux si nous ne voulons pas manquer notre train de retour tout en bas au fond de la vallée.

 

 

Jour 7️⃣ - De Mysusæter à la gare d'Otta – 4h50

Dernier jour. Dernier défi. Il nous faut rejoindre la gare du village d’Otta avant 16h20.

Nous ne savons pas à quelle altitude la neige va disparaître et comment la descente est praticable. Une seule certitude : nous partons à 1000 mètres d’altitude avec beaucoup de neige, et l’arrivée se situe à 300 mètres… sans neige.

Nous utilisons alors des pistes de ski de fond damées. La glisse est facile, les paysages sont de nouveau différents et toujours aussi envoûtants avec enfin de la végétation. Les pulkas sont aujourd’hui tirées par les filles, preuve de l’endurance et détermination à toute épreuve.

On ne peut s’empêcher cependant de rêver à une paire de skating pour explorer ce territoire majestueux à haute vitesse.

En quittant les pistes, nous empruntons une route glacée. Chacun s’élance à son tour. L’équilibre est précaire. Loïs, pourtant bon skieur, chute avec un bon impact sur le côté. Cela nous met un rappel à l’ordre, il ne reste que 2 ou 3h pour boucler l’aventure, soyons prudents.

Plus de peur que de mal. La hanche est douloureuse, le choc est là, mais après un peu de thé chaud et quelques flatteries pour son égo, il repart.

Ca y est, la neige a disparu. On sort nos 2 petits chariots de portage que l’on fixe sous les pulkas. Le système fonctionne comme prévu, on n’aura pas porté ce matériel pendant 6 jours pour rien. 3,5km de route en descente dans une ambiance joyeuse et à 13h, nous arrivons à Otta.

Au choix une pizza ou un Mac Do bien mérités pour ce retour à la civilisation.


À 16h30, le train nous emporte pour un retour déjà plein de nostalgie et d’anecdotes.